Les vases non-communicants

La dette de l’écrivain André Breton au psychanalyste Sigmund Freud est mesurable. Elle nous ait d’ailleurs donnée à voir dans l’article de Jean-Bertrand Pontalis – philosophe, écrivain et psychanalyste français -  Les vases non communicants, publié en 1978 dans le numéro 302 de La nouvelle Revue Française. 

Dans cet article, l’auteur montre que l’incompréhension entre psychanalyse et surréalisme tient moins du fait d’André Breton, malgré le peu d’estime qu’il il porte au médecin au vue de l’interview qu’il a écrit après leur rencontre dans Les pas perdus en 1922, que de l’impossibilité de créer une oeuvre intrinsèquement surréaliste.

Nous pouvons dire que la première approche d’André Breton avec le surréalisme remonte à sa propre confrontation à la psychanalyse lors de son affectation au centre neuropsychitarique de Saint-Dizier, où il découvre les travaux de Freud et les concepts clés de ses théories: la libre association, l’analyse des rêves. C’est au contact des soldats qu’André Breton éprouve la folie pour la première fois, et qu’elle devient leitmotiv de sa future production surréaliste.

C’est aussi l’occasion de vous présenter l’exposition qui a eu lieu sur André Breton 15 décembre 2000 au 25 janvier 2001 au centre neuropsychiatrique de Saint-Dizier et le site qui en résulte. On y retrouve notamment l’article de Jean-Bertrand Pontalis, mais aussi le poème qu’il écrivit à Saint-Dizier, à l’origine de l’exposition. Le site de l’exposition retrace très bien l’origine et le contexte de création de l’exposition, ainsi que ses tenants et aboutissants, comme par exemple la naissance d’un nouvel urbanisme à Saint-Dizier.

Coralie

L’influence du surréalisme sur la psychanalyse

Depuis quelques années, beaucoup d’outils numériques ont été créés et mis en place dans le but d’un élargissement du savoir scientifique et des publications au grand public, notamment à travers la numérisation de textes papiers pour permettre une visibilité sur internet et une accessibilité facilitée pour les utilisateurs. C’est dans ce cadre que l’interface GoogleBooks nous est apparue particulièrement intéressante : mis en place en 2004 par Google, GoogleBooks compile un panel considérable d’ouvrages, en consultation libre pour certains voire même en téléchargement lorsque ceux-ci sont libres de droit. L’utilisateur peut aussi se constituer sa propre bibliothèque, et tout cela sans quitter son bureau. C’est tout un nouveau champs de possibilités qui s’offre désormais aux chercheurs, d’une part, qui peuvent maintenant s’offrir une visibilité certaine sur internet, mais aussi pour les étudiants, dont les recherches ne dépendent plus seulement des supports papiers et des bibliothèques, tout comme pour le plus large public qui a aussi accès à ces informations.

C’est ainsi que nos recherches nous ont mené jusqu’à l’ouvrage de Paolo Scopelliti, L’influence du surréalisme sur la psychanalyse (Paris, Ed. L’âge d’Homme, 2002). Publication des Cahiers Mélusine, issus du Centre de Recherche sur le Surréalisme de Paris III Sorbonne-Nouvelle que nous avons dans un article précédent, cet ouvrage se trouve être en libre accès sur GoogleBooks. Dans cet ouvrage, Paolo Scopelliti revient sur les conditions de naissance du surréalisme, et comment, par une mutuelle interpénétration, le surréalisme et la psychanalyse ont su s’inspirer et se modeler l’une l’autre.

En plus d’offrir une accessibilité facilité à cette publication scientifique, la numérisation des ouvrages textes par l’interface GoogleBooks permet à l’utilisateur d’effectuer une recherche plein-texte, c’est-à-dire de rechercher un mot ou une expression particulière dans l’ouvrage et d’en ressortir la pertinence : le travail des utilisateurs s’en trouve abrégé, puisqu’il permet de trouver plus rapidement les éléments potentiellement intéressants pour lui. Par ailleurs, un accès direct par chapitres est aussi disponible dans les outils de l’interface. Il faut cependant souligner que certaines numérisations ne sont disponibles que partiellement. En effet, et c’est le cas pour notre ouvrage, certaines pages ou sections manquent. Malgré ce détail – non négligeable certes – GoogleBooks permet une avancée majeure pour les humanités numériques.

Coralie

Mélusine

L’université de Paris III Sorbonne-Nouvelle est à l’origine d’un Centre de Recherches sur le Surréalisme. Créé en 1971 et dirigé depuis par Henri Béhar, le centre de recherches s’intéresse à l’action surréaliste dans le domaine littéraire mais aussi dans le domaine pictural ou encore théâtral. Cette unité de recherche est à l’origine du site Mélusine, prolongation sur le web du centre de recherches.

On peut dire qu’un véritable travail d’investigation a été mené à l’échelle mondiale. En effet, on peut trouver une base de données qui se  propose de répertorier tous les artistes surréalistes, travail mené par les chercheurs Véronique Duchemin et Loic Le Bail : que ce soit au Chili ou encore en Suède, c’est une ouverture large du champ de connaissances qui s’offre à l’utilisateur. Chaque fiche d’artiste ou d’écrivain permet une vision globale mais aussi précise de son parcours: une brève présentation de l’artiste avec date de naissance et mort, ses compagn(e)ons puis ses domaines d’exercice. Ce qui est intéressant pour nous – mais aussi pour un utilisateur en quête d’une connaissance personnelle – c’est le parcours relationnel de l’artiste : en effet, une description détaillée des rencontres faites par les différents artistes nous est proposée, accompagnée de dates. De même pour les expositions, qu’elles soient personnelles ou collectives. C’est donc un travail de longue haleine qui nous est ainsi proposé en libre accès.

L’autre point intéressant de ce site, c’est la mise en ligne de versions textes des différentes revues surréalistes, ainsi que les oeuvres complètes de certains littéraires , comme Benjamin Peret, ou René Crevel. Nous avons, par exemple, accès aux numéros de la revue Litterature, fondée en 1919 par André Breton et Louis Aragon et qui publiera jusqu’en 1924. cette version texte proposée permet à l’utilisateur une recherche de vocabulaire, mais aussi une recherche en plein texte. Mais c’est surtout la mise en ligne des revues de La Révolution surréaliste qui est marquante: publiée à Paris du 1er décembre 1924 au 15 décembre 1929, cette revue sera le véhicule principal des idées surréalistes, repris par André Breton à partir du n°4.

De même, on peut trouver sur le site l’ensemble des tracts et déclarations collectives édités par les surréalistes et compilé par José Pierre en 1980.

Par ailleurs, le site de l’université Paris III regroupe un corpus de textes et de comptes-rendus publiés sur les surréalistes en général, et des artistes en particulier, ou sur des thématiques, comme le surréalisme et la mort, ou encore la mise en confrontation de deux mouvements, deux périodes, comme le futurisme et le surréalisme. A noter que ces textes sont téléchargeables au format PDF, ce qui présente un véritable avantage pour les utilisateurs.

Enfin, on peut trouver une section qui réunis tout un ensemble d’hyperliens renvoyant à d’autres sources et sites susceptibles d’intéresser l’internaute. Très complet, cette liste est néanmoins sujette à quelques petits problèmes: en effet, la dernière mise à jour de la page datant de 2008, certains hyperliens se trouvent être cassés, c’est-à-dire que les adresses URL des sites ne correspondent plus ou les sites ont simplement été supprimés.

Le centre de recherches de l’université Paris III est toujours actif, et vous trouverez ici le programme du séminaire de 2012-1013.

Le site du centre de recherche sur le surréalisme s’avère être tentaculaire et s’inscrit pleinement dans le cadre des humanités numériques: donner accès au plus large public des recherches scientifiques menées – dans notre cas – sur le surréalisme et la psychanalyse, donner accès à des documents que l’on ne peut pas ou plus accéder facilement, et cela partout dans le monde.

Coralie

L’exposition Salvador Dali au Centre Pompidou

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Afin de varier les supports de recherche, le billet d’aujourd’hui sera construit à partir de ressources audios. Plus ancré dans l’actualité, il traitera d’un article partagé il y a quelques semaine sur la page facebook du Centre Pompidou intitulé " Rencontre avec Laurence Le Bris, scénographe de l’exposition Dali " publié sur  le blog: http://artsessioncentrepompidou.wordpress.com. En vue des derniers jours de cette exposition tant acclamée et débattue, l’article permet de jeter un dernier coup d’oeil sur la conception même de l’exposition.

Ce blog est pertinemment intéressant du fait qu’il soit rédigé par un groupe de jeunes bénévoles au service du Centre Pompidou. Ce collectif étudiant composé de profils divers et variés d’amateurs, de jeunes mais surtout de passionnés, propose une plateforme propice au dialogue, à la critique, et qui prolonge la médiation culturelle du Centre d’art contemporain. Art Session a pour mission " de développer des connaissances artistiques mais aussi de s’impliquer dans des projets concrets comme la réalisation de podcasts, des actions de médiation culturelle, des rencontres avec des artistes, etc. Le groupe participe également à un programme international ambitieux qui consiste à monter des projets avec d’autres jeunes volontaires impliqués dans de prestigieux musées européens ".

L’équipe d’Art Session a ici interviewé Laurence Le Bris, la scénographe de l’exposition Dali au Centre Pompidou, visible du 21 Novembre 2012 au 25 Mars 2013. Les enregistrements ont ensuite été convertis et postés sur Soundcloud, avant de s’offrir à nous sur le blog. On a ainsi accès à une écoute claire de la discussion entretenue et rapportée. Ces échantillons audio répondent à une question fondamentale ciblée par le contexte de notre blog: l’exposition Dali est-elle pertinente? Etablit-elle un lien entre son  art et la psychanalyse?

Après une brève description du métier et de la coopération du scénographe avec le reste de l’équipe de coordination, Laurence Le Bris explique la façon dont l’équipe a tenter d’adapter une vision. Laquelle? Celle d’un monde Dalinien. L’entrée dans l’exposition par un oeuf évoque déjà la physique de l’humanité que Dali explore au travers de nombreuses oeuvres. L’exposition suit une sorte de cycle qui débute à la naissance et suit une ébullition progressive jusqu’à l’évocation finale de la mort à la sortie du parcours. La scénographie a toutefois été critiquée par de nombreux visiteurs ayant expérimentés une perte de repères, et souffert d’un manque de lisibilité. En réponse à cela, Laurence Le Bris nous apprend que ce sentier sinueux permet de s’enfuir d’une logique précise. Ludique et festive, cette exposition fait écho à un art débridé. Plutôt que de guider le visiteur dans un espace découpé par des thématiques ou une chronologie, les commissaires et scénographie ont choisi un espace ouvert permettant de circuler à sa guise, dans un ordre non prédéfini. Ainsi, chaque visite est personnelle et personnalisée. A l’image du cadavre exquis, l’exposition se comprend comme un ensemble mélangé et assemblé, regroupant un panel des thèmes, facettes et techniques de Salvador Dali. Le tout permet de construire dans sa tête un puzzle qui permet finalement de comprendre de façon cohérente la vision et l’oeuvre de l’artiste.

Au final, l’exposition permet à ses visiteurs de donner leur propre sens à cette exposition. Cette absence de repères trop explicites est  volontaire et permet de suivre le sentier d’une rêverie, à l’image d’un lieu surréaliste similaire à des limbes. Elle retient dans sa conception même, les enjeux psychanalystes tant évoqués par l’artiste lui-même, à savoir, l’appel de l’inconscient et la liberté de l’esprit.

Charlotte

Les mots et les images : la perversion du bon sens

Magritte la clef des songes

Suivant une volonté de rupture avec l’ordinaire, l’exemplaire et la normalité, nos artistes surréalistes manient curieusement la polysémie des images et des objets. Ils superposent, déchiquettent  tordent, et assemblent  les sens et significations toujours dans le but de déconstruire puis remodeler quelque chose d’inattendu. Par le biais de ce procédé, les artistes donnent ainsi naissance à des créations hybrides, à la fois dénuées et emplies de sens. Ainsi, pour Magritte et La Clef des songes, (le tableau ci-dessus), la chaussure devient lune, et le chapeau représente la neige. Le langage ne désigne plus, seules les sensations le peuvent. Posté sur le site JSTOR.org, l’essai " Visible Poetry: Metaphor and Metonymy in the Paintings of René Magritte " nous permet de discuter ici de ce phénomène de discordance entre l’expression verbale et visuelle dont les surréalistes raffolent.

L’essai date de 1980. Il est écrit par Randa Dubnick et publié par the University of Wisconsin Press sur ce site qui regorge de publications universitaires. En effet, le site JSTOR.org (Journal Storage) se qualifie lui-même de « digital library » à but non-lucratif, et héberge plus de 1500 papiers, journaux, et sources académiques. Cette immense base de données fut créée en 1995 par William G. Bowen (le Directeur de l’Université de Princeton à cette époque) dans le but d’archiver en ligne des publications universitaires et scientifiques. Ce site abonde de substances pédagogiques destinées au partage de la communauté scientifique mondiale. L’interface est en  anglais mais propose des articles dans toutes les langues. En terme de chiffres, JSTOR compte actuellement plus de 2 millions de critiques de livres et 600.000 références, son contenu est fourni par plus de 800 éditeurs et couvre plus de 50 disciplines. Ce système d’archivage numérique permet la consultation de livres, articles de journaux et revues et rendent la recherche en ligne rapide, plus facile et plus efficace. JSTOR est principalement autorisé aux établissements d’enseignement, bibliothèques publiques, institutions de recherche, musées et écoles. Plus de 7.000 institutions dans plus de 150 pays ont accès. Élèves de l’université Paris 1, nous y accédons gratuitement par le portrait de ressources numériques Domino. Un moteur de recherche à base de mots-clés propose un corpus de données lié à la spécificité de la recherche, et permet une navigation claire et pertinente. Le site permet de consulter des articles et livres (parfois couvrants des dizaines de pages ou plus) en format PDF, ce qui simplifie la lecture des documents.

L’article que nous avons sélectionné axe sa réflexion autour de l’œuvre de René Magritte mais permet en même temps de comprendre les enjeux de l’aventure surréaliste. Cet art qui représente un monde absurde dans lequel les échelles de valeurs sont altérées, fait l’éloge de l’extravagant, du simulacre, de la mascarade. Leurs peintures se moquent de nous et de notre œil. A l’inverse des enjeux psychanalystes du « test du miroir » théorisé par Lacan, l’identification de soi à sa propre image et à autrui est, à travers cet art, brouillée, voir annulée. Cet art surréaliste, se joue des acquis et souhaite perturber le sens de choses. Les surréalistes vont à l’encontre des théories sémiotiques qui étudient la question du signe. Ils rejettent les thèses de Charles S.Pierce qui théorise le modèle ternaire du signe: l’objet représenté, la représentation mentale et le mot lui-même. Par exemple, le signe « pomme » renverrait à la fois à un objet (le fruit), à une représentation mentale (l’idée de pomme) et au support linguistique, soit le mot « pomme » en français. Le rapport entre signifiant et signifié a désormais une valeur fortuite. Les surréalistes célèbrent le hasard qui dans ses multiples combinaisons aboutit à une véritable logique de l’absurde.

magritte thérapeute

Le texte prend pour appui des exemples d’œuvres peintes par Magritte. Celle qui retient particulièrement notre attention est Le Thérapeute datant de 1937. Dans ce tableau, la cage thoracique d’un homme est métaphoriquement remplacée par une cage dans laquelle sont perchés des oiseaux.La cage peut ici être interprétée comme un substitut du corps humain. Le corps humain serait donc non pas le temple de l’âme, mais son tombeau. Le corps emprisonne l’âme et l’esprit libre de l’être. Les colombes enfermées dans la cage connotent davantage cet idée d’envol et de liberté. Toutefois, La Trahison des Images est sans doute l’oeuvre qui aborde le plus explicitement cette distorsion des choses. Une pipe y est représentée en gros plan,  avec une citation peinte à même le tableau « ceci n’est pas une pipe ». Magritte prend un malin plaisir à titiller une sémiotique de l’art.

Ce jeu surréaliste fait encore une fois écho à l’essence de la psychanalyse, et notamment à la " métasémiotique ". Tout comme le langage, les représentations et les paroles sont propre à la scientificité psychanalyste, l’exploration psychanalytique des signes, symboles et images permet d’être à l’écoute des manifestations et des mouvements de l’inconscient. La page Wikipédia traitant de la métasémiotique est très fournie et extrapole sur de nombreuses notions annexes. Elle permet également de comprendre l’origine du terme et l’application d’une telle branche de la psychanalyse. 

Aussi, l’oeuvre intégrale de Magritte répond aux ambitions psychanalystes lorsqu’il peint des visions mystérieuses, qui prennent des allures de rêves. De ses compositions jaillissent une liberté inconsciente qui délivre l’esprit des croyances partagées et alimentées.

En conclusion, l’article proposé par JSTOR explore et détaille une des zones mystérieuses de l’univers surréaliste. En analysant des œuvres précises que nous connaissons, il propose d’envisager l’art sous ses formes sémiotiques de façon concrète. L’article nous a surtout encouragées à étudier ce phénomène d’un point de vu psychanalyste afin d’établir à nouveau un lien explicite entre l’art et cette science de la pensée humaine.

Charlotte

« L’homme, ce rêveur définitif »

Un des thèmes majeurs et récurrents du surréalisme est sans conteste le rêve. Qu’il intervienne sous forme de roman-collage chez Max Ernst, de peinture onirique chez Dalí de récit filmique chez Luis Buñuel ou Germaine Dulac, ou d’écrit chez André Breton ou Giorgio de Chirico, le rêve se révèle être un véritable puits d’inspiration pour ces artistes.

Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924, p.5

Une nouvelle fois, les surréalistes se réfèrent aux recherches du psychanalyste Freud, qui publie en 1899 L’interprétation des rêves (une version en ligne n’étant pas disponible, nous vous redirigeons vers un ouvrage qui présente clairement et succinctement les différents points abordés par Freud dans son ouvrage). Le rêve est le lieu de représentation des désirs les plus refoulés de l’être humain sous la forme de ce que l’on appelle un contenu latent, déguisé. Ce n’est que par un travail interprétatif mené de concert entre le rêveur et le psychanalyste que le sens profond du contenu latent devient manifeste.

Le rêve est la voie royale pour accéder à l’inconscient – Freud

C’est en cela que l’article d’Áron Kibédi Varga, Peindre le rêve,  nous a semblé pertinent pour traiter de cette question. Cet article est hébergé sur le site Persée, un portail de revues scientifiques françaises et de publications spécialisées en sciences humaines et sociales. Créé et alimenté par l’ENS et le CNRS de Lyon, cette base de données peut être qualifiée d’Open-Access: elle permet effectivement la diffusion large et gratuite d’un savoir scientifique, à travers des articles qu’elle propose et qui sont téléchargeables ou tout du moins consultables librement, donc des OpenSource. L’internaute peut ainsi avoir accès à un nombre très important de revues scientifiques et de publications de chercheurs qui ont été numérisées et répertoriées par disciplines: on retrouve ainsi une catégorie art, histoire, science politique ou encore littérature.

Peindre le rêve explicite donc comment les artistes ont, du Moyen-Âge jusqu’aux surréalistes, représenter le rêve dans leur tableau. L’auteur distingue trois visions différentes offertes au spectateur:

  • le rêveur
  • le rêveur et son rêve, représentation privilégiée surtout au Moyen-Âge, qui s’apparente principalement à la représentation d’une vision. En effet, l’art de cette époque est pratiquement entièrement tourné vers le domaine du religieux, et l’onirisme est utilisé comme support de la vision du saint ou du martyr. Áron Kibédi Varga prend l’exemple, dans l’Ancien Testament, de la vision de Jacob qui rêve d’une échelle ou encore celle de Joseph quant aux gerbes de blé.
  • le rêve, qui devient à partir du XVIIIe siècle plus une représentation d’une psychologie intérieure plus qu’une vision ou qu’une prémonition, comme le souligne l’auteur. Les artistes se concentrent maintenant sur leur intériorité, et laisse place à une imagination beaucoup plus individuelle que dictée par des écrits. On commence à le percevoir dans le romantisme allemand, notamment chez Caspard David Friedrich et la rückenfigur, littéralement "figure de dos". Cela se poursuit avec l’art hongrois qui mêle avec finesse réalité et rêve.

Max ERNST (1891-1976)
Dans le bassin de Paris, Loplop, le supérieur des oiseaux, apporte aux réverbères la nourriture nocturne, 1929, Extrait de la Femme 100 têtes
Gravures découpées et collées sur papier collé sur carton, 22 x 18 cm
Paris, Musée National d’Art Moderne ©

C’est à travers trois figures majeures du mouvement surréaliste que Áron Kibédi Varga va traiter le rapport de ce mouvement au rêve: Salvador Dalí, Giorgio de Chirico et Max Ernst. L’auteur démontre de manière très claire les différents traitements du matériau brut fournit par le rêve de ces artistes. Déplorant une analyse impossible de ce contenu latent qui reste hermétique au spectateur, l’auteur arrive cependant à livrer quelques clés d’une interprétation – qui reste partielle malheureusement – de ces oeuvres qui nous semblent si connues en tant qu’amateur d’art mais pourtant insaisissable quant à leur essence même.

En définitive, cet article offre une mise en perspective de la représentation historique du rêve au sein de l’art, et montre bien comment – à travers les siècles – les artistes sont passés d’une représentation visuelle d’un onirisme tenant plus de la vision et de la prémonition à un véritable dévoilement d’une psychologie et d’un imaginaire intérieur et personnel.

Coralie

« Buñuel et le surréalisme : un chirurgien du regard »

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La tradition picturale du surréalisme mêle la rêverie et le fantastique au symbolique et au merveilleux. Ces multiples techniques qui célèbrent le hasard, tel que le cadavre exquis, affirment une volonté de rupture avec une façon ordinaire de voir et de saisir le monde. Le dossier « Buñuel et le surréalisme : un chirurgien du regard », écrit par Luc Duvinage en 2008 et hébergé sur le site Cadrage.net, nous permet d’envisager cette obsession du regard neuf dans la sphère cinématographique du surréalisme.

 ‘  Ce cinéaste du regard, selon Maurice Drouzy, « nous opère de la cataracte, dépucelle notre regard » . Or, s’il est un mouvement artistique préoccupé par le regard porté sur le monde, et par la force que peut avoir un regard autre, c’est bien le mouvement surrealiste ‘

Cadrage.net peut être définie comme une revue en ligne universitaire à comité de lecture dédiée au septième art. Fondée en 1998 à Montréal, cette association à but non lucrative réunit un collège d’universitaires de différents pays. Son statut d’association loi 1901 et son comité de lecture en font une source fiable et indépendante d’informations en rapport avec le cinema. En plus de dossiers pédagogiquement pertinents, ce site propose également des actualités, des analyses et des critiques.

Un des fondements de la poétique surréaliste est l’éloge du choc visuel, l’abondance de juxtaposition d’images et d’objets incongrus, agencés dans le but de perturber, de susciter une ambigüité. La présence d’humour noir, les principes d’écritures automatiques, tout ces jeux artistiques prônent une nouvelle voie d’accès au monde. La réalité est modifiée, elle est autre. Pour les surréalistes, l’œil, que Buñuel déchiquètera à la première scène du Chien Andalou par exemple, est une véritable métaphore politique. Les surréalistes aspirent à dépasser une ambition seulement picturale, et veulent introduire un regard révolutionnaire qui bouleverserait le monde.  En sectionnant cet œil, Buñuel cherche à savoir ce qui se trouve à l’origine du regard, qu’est-ce qui se cache derrière le regard ?

 Ce dossier présente un raisonnement clair, qui suit une problématique qui nous intéresse : Comment ce cinéaste, depuis l’opération initiale qu’il a fait subir à notre oeil, nous a-t-il permis de porter, à travers son oeuvre, un regard surréaliste sur le monde ? Comment son parcours singulier a-t-il pu influencer son rapport au surréalisme ?

 Ce que ce dossier nous apprend, c’est que la tradition cinématographique surréaliste préserve les principes des arts plastiques.  Buñuel tente véritablement « d’exprimer [...] le fonctionnement réel de la pensée [...] en l’absence de tout contrôle exercé par la raison ». Le film possède également une lecture Freudienne : le désir masculin est représenté par un plan de lune cisaillée par un nuage “violent et urgent, une pulsion qui submerge l’homme et à laquelle il ne peut échapper. Le film suit le parcours et l’évolution de ce désir, qui au final se révèle frustrant et voué à l’échec.” Les plans s’enchaînent tels des séquences imagés d’une hallucination, mêlant humour noir, folie et érotisme.

Au final, ce dossier pose toutes les bonnes questions, et permet d’analyser en profondeur tous les aspects d’un film qualifié de « surréaliste ». Nous vous recommandons fortement la lecture de cette dissertation si vous souhaitez mieux comprendre ce rêve mis en image.

 Charlotte