« L’homme, ce rêveur définitif »

Un des thèmes majeurs et récurrents du surréalisme est sans conteste le rêve. Qu’il intervienne sous forme de roman-collage chez Max Ernst, de peinture onirique chez Dalí de récit filmique chez Luis Buñuel ou Germaine Dulac, ou d’écrit chez André Breton ou Giorgio de Chirico, le rêve se révèle être un véritable puits d’inspiration pour ces artistes.

Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924, p.5

Une nouvelle fois, les surréalistes se réfèrent aux recherches du psychanalyste Freud, qui publie en 1899 L’interprétation des rêves (une version en ligne n’étant pas disponible, nous vous redirigeons vers un ouvrage qui présente clairement et succinctement les différents points abordés par Freud dans son ouvrage). Le rêve est le lieu de représentation des désirs les plus refoulés de l’être humain sous la forme de ce que l’on appelle un contenu latent, déguisé. Ce n’est que par un travail interprétatif mené de concert entre le rêveur et le psychanalyste que le sens profond du contenu latent devient manifeste.

Le rêve est la voie royale pour accéder à l’inconscient – Freud

C’est en cela que l’article d’Áron Kibédi Varga, Peindre le rêve,  nous a semblé pertinent pour traiter de cette question. Cet article est hébergé sur le site Persée, un portail de revues scientifiques françaises et de publications spécialisées en sciences humaines et sociales. Créé et alimenté par l’ENS et le CNRS de Lyon, cette base de données peut être qualifiée d’Open-Access: elle permet effectivement la diffusion large et gratuite d’un savoir scientifique, à travers des articles qu’elle propose et qui sont téléchargeables ou tout du moins consultables librement, donc des OpenSource. L’internaute peut ainsi avoir accès à un nombre très important de revues scientifiques et de publications de chercheurs qui ont été numérisées et répertoriées par disciplines: on retrouve ainsi une catégorie art, histoire, science politique ou encore littérature.

Peindre le rêve explicite donc comment les artistes ont, du Moyen-Âge jusqu’aux surréalistes, représenter le rêve dans leur tableau. L’auteur distingue trois visions différentes offertes au spectateur:

  • le rêveur
  • le rêveur et son rêve, représentation privilégiée surtout au Moyen-Âge, qui s’apparente principalement à la représentation d’une vision. En effet, l’art de cette époque est pratiquement entièrement tourné vers le domaine du religieux, et l’onirisme est utilisé comme support de la vision du saint ou du martyr. Áron Kibédi Varga prend l’exemple, dans l’Ancien Testament, de la vision de Jacob qui rêve d’une échelle ou encore celle de Joseph quant aux gerbes de blé.
  • le rêve, qui devient à partir du XVIIIe siècle plus une représentation d’une psychologie intérieure plus qu’une vision ou qu’une prémonition, comme le souligne l’auteur. Les artistes se concentrent maintenant sur leur intériorité, et laisse place à une imagination beaucoup plus individuelle que dictée par des écrits. On commence à le percevoir dans le romantisme allemand, notamment chez Caspard David Friedrich et la rückenfigur, littéralement « figure de dos ». Cela se poursuit avec l’art hongrois qui mêle avec finesse réalité et rêve.

Max ERNST (1891-1976)
Dans le bassin de Paris, Loplop, le supérieur des oiseaux, apporte aux réverbères la nourriture nocturne, 1929, Extrait de la Femme 100 têtes
Gravures découpées et collées sur papier collé sur carton, 22 x 18 cm
Paris, Musée National d’Art Moderne ©

C’est à travers trois figures majeures du mouvement surréaliste que Áron Kibédi Varga va traiter le rapport de ce mouvement au rêve: Salvador Dalí, Giorgio de Chirico et Max Ernst. L’auteur démontre de manière très claire les différents traitements du matériau brut fournit par le rêve de ces artistes. Déplorant une analyse impossible de ce contenu latent qui reste hermétique au spectateur, l’auteur arrive cependant à livrer quelques clés d’une interprétation – qui reste partielle malheureusement – de ces oeuvres qui nous semblent si connues en tant qu’amateur d’art mais pourtant insaisissable quant à leur essence même.

En définitive, cet article offre une mise en perspective de la représentation historique du rêve au sein de l’art, et montre bien comment – à travers les siècles – les artistes sont passés d’une représentation visuelle d’un onirisme tenant plus de la vision et de la prémonition à un véritable dévoilement d’une psychologie et d’un imaginaire intérieur et personnel.

Coralie

« Un mouvement, une période – L’art Surréaliste » : un dossier pédagogique du Centre Pompidou

    Bien que la recherche de ressources numériques traitant de la fusion entre les deux notions et termes de psychanalyse et surréalisme soit notre principale mission, il est intéressant de comparer le type de ressources relatives à chaque terme respectif. Cela nous permet également d’élargir le champ de notre recherche et de trouver des sites que le moteur de recherche n’offre pas forcément comme réponse à notre requête.

 Lorsque l’on tape le terme « surréalisme » dans la barre de recherche Google, un des premiers résultats est un lien sur lequel nous pouvons lire « Le Surréalisme – Centre Pompidou« . Parmi tous les autres résultats proposant une définition et remise en contexte du courant, c’est la mention du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, (communément appelé Centre Pompidou) qui attire notre œil et nous inspire confiance. L’établissement polyculturel mondialement reconnu, qui héberge un grand nombre d’oeuvres contemporaines, offre en effet depuis plus d’un an son versant virtuel: un site internet qui simule l’environnement même du musée. Ce site qui se veut « centre de ressources, une plateforme de diffusion de contenus, un nouvel espace de partage et de connaissance, intuitif, participatif » fonctionne avec un système de filtres, cumulatifs et divers. Le point de départ de toute recherche est une barre de recherche dans laquelle nous insérons un quelconque mot-clé. Suite à l’objet de la recherche, le site propose une liste exhaustive d’œuvres expliquées avec des notices, des biographies, et notamment des dossiers pédagogiques. On en déduit donc que l’ergonomie du site est plutôt fonctionnelle, qu’il est simple de trouver son compte et de concevoir ce site comme une valeur sûre.

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 La page sur laquelle nous atterrissons donc est en fait un dossier pédagogique. Le titre même de la page est « UN MOUVEMENT, UNE PERIODE : DOSSIERS PEDAGOGIQUES SUR LES COLLECTIONS DU MUSEE NATIONAL D’ART MODERNE – L’ART SURREALISTE ». La page propose également une traduction anglaise du contenu. Le sommaire nous apprend ensuite que l’article s’articule en plusieurs parties : 1. Génèse de l’Art surréaliste,  2. Les artistes et leurs œuvres, 3. Textes de référence, 4. Glossaire du Surréalisme, 5. Chronologie, 6. Biographie sélective. Ce sommaire indique dès le départ que cette page a une véritable ambition pédagogique et offre de nombreuses pistes destinées à de plus vastes recherches.

 Ce dossier  retrace tout d’abord l’histoire du groupe des Surréalistes, et n’hésite pas à mettre en gras quelques noms de personnalités nourricières (des liens html redirige vers une page similaire dédiée à chacun). Suite à cette brève introduction qui pose des premiers repères, le dossier consacre ensuite un article à chaque artiste mentionné (ou presque). Ces articles sont structurés autour d’une analyse d’œuvre et offre une courte biographie de ces artistes.

Le dossier regroupe également un ensemble de textes, d’extraits de manifestes et de poèmes qui permettent de découvrir les sources, les opinons et les productions en rapport avec le mouvement. Un glossaire est également inclus dans cette fiche du surréalisme définissant pour l’essentiel des techniques plastiques liées au surréalisme, ce qui permet de mettre au clair des points fondamentaux dans la compréhension de certaines conceptions psychanalytiques. Ce glossaire décode des termes et notions qui permettront de faciliter la lecture d’une œuvre ou d’un essai : il explicite le langage qui est propre au mouvement, à la période et à ses productions. S’en suit une chronologie étoffée qui replace chaque étape fondamentale à sa date, et établit une logique historique au courant. Pour finir, la dernière catégorie du dossier est une bibliographie (webographie + filmographie), également très fournie.

 Le dossier est signé par Florence Morat et Vanessa Morisset qui se sont chargé de sa conception, documentation et rédaction. Ces auteurs font eux-mêmes parti de la Direction de l’action éducative et des publics, ce qui nous indique que le contenu est loin d’être amateur.

La seule critique négative que l’on pourrait émettre à l’égard de cette fiche est l’ordre dans la disposition des catégories. Il semblerait peut-être plus judicieux de placer une chronologie en son début, et de zoomer sur chaque artiste dans un second temps, après avoir explicité le vocabulaire propre à toute analyse.

Somme toute, ce dossier pédagogique au contenu riche est amplement satisfaisant. Plus qu’une simple synthèse, il propose différents axes permettant de cerner le mouvement dans sa totalité. Il garde toutefois une directive plus plastique, s’attardant sur l’analyse d’œuvres peintes et sculptées plutôt que des écrits littéraires.  Surtout, le dossier offre de nombreuses pistes que l’on peut par la suite étudier, ce qui évidemment, est propice à notre travail !

Charlotte