L’exposition Salvador Dali au Centre Pompidou

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Afin de varier les supports de recherche, le billet d’aujourd’hui sera construit à partir de ressources audios. Plus ancré dans l’actualité, il traitera d’un article partagé il y a quelques semaine sur la page facebook du Centre Pompidou intitulé  » Rencontre avec Laurence Le Bris, scénographe de l’exposition Dali  » publié sur  le blog: http://artsessioncentrepompidou.wordpress.com. En vue des derniers jours de cette exposition tant acclamée et débattue, l’article permet de jeter un dernier coup d’oeil sur la conception même de l’exposition.

Ce blog est pertinemment intéressant du fait qu’il soit rédigé par un groupe de jeunes bénévoles au service du Centre Pompidou. Ce collectif étudiant composé de profils divers et variés d’amateurs, de jeunes mais surtout de passionnés, propose une plateforme propice au dialogue, à la critique, et qui prolonge la médiation culturelle du Centre d’art contemporain. Art Session a pour mission  » de développer des connaissances artistiques mais aussi de s’impliquer dans des projets concrets comme la réalisation de podcasts, des actions de médiation culturelle, des rencontres avec des artistes, etc. Le groupe participe également à un programme international ambitieux qui consiste à monter des projets avec d’autres jeunes volontaires impliqués dans de prestigieux musées européens « .

L’équipe d’Art Session a ici interviewé Laurence Le Bris, la scénographe de l’exposition Dali au Centre Pompidou, visible du 21 Novembre 2012 au 25 Mars 2013. Les enregistrements ont ensuite été convertis et postés sur Soundcloud, avant de s’offrir à nous sur le blog. On a ainsi accès à une écoute claire de la discussion entretenue et rapportée. Ces échantillons audio répondent à une question fondamentale ciblée par le contexte de notre blog: l’exposition Dali est-elle pertinente? Etablit-elle un lien entre son  art et la psychanalyse?

Après une brève description du métier et de la coopération du scénographe avec le reste de l’équipe de coordination, Laurence Le Bris explique la façon dont l’équipe a tenter d’adapter une vision. Laquelle? Celle d’un monde Dalinien. L’entrée dans l’exposition par un oeuf évoque déjà la physique de l’humanité que Dali explore au travers de nombreuses oeuvres. L’exposition suit une sorte de cycle qui débute à la naissance et suit une ébullition progressive jusqu’à l’évocation finale de la mort à la sortie du parcours. La scénographie a toutefois été critiquée par de nombreux visiteurs ayant expérimentés une perte de repères, et souffert d’un manque de lisibilité. En réponse à cela, Laurence Le Bris nous apprend que ce sentier sinueux permet de s’enfuir d’une logique précise. Ludique et festive, cette exposition fait écho à un art débridé. Plutôt que de guider le visiteur dans un espace découpé par des thématiques ou une chronologie, les commissaires et scénographie ont choisi un espace ouvert permettant de circuler à sa guise, dans un ordre non prédéfini. Ainsi, chaque visite est personnelle et personnalisée. A l’image du cadavre exquis, l’exposition se comprend comme un ensemble mélangé et assemblé, regroupant un panel des thèmes, facettes et techniques de Salvador Dali. Le tout permet de construire dans sa tête un puzzle qui permet finalement de comprendre de façon cohérente la vision et l’oeuvre de l’artiste.

Au final, l’exposition permet à ses visiteurs de donner leur propre sens à cette exposition. Cette absence de repères trop explicites est  volontaire et permet de suivre le sentier d’une rêverie, à l’image d’un lieu surréaliste similaire à des limbes. Elle retient dans sa conception même, les enjeux psychanalystes tant évoqués par l’artiste lui-même, à savoir, l’appel de l’inconscient et la liberté de l’esprit.

Charlotte

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Les mots et les images : la perversion du bon sens

Magritte la clef des songes

Suivant une volonté de rupture avec l’ordinaire, l’exemplaire et la normalité, nos artistes surréalistes manient curieusement la polysémie des images et des objets. Ils superposent, déchiquettent  tordent, et assemblent  les sens et significations toujours dans le but de déconstruire puis remodeler quelque chose d’inattendu. Par le biais de ce procédé, les artistes donnent ainsi naissance à des créations hybrides, à la fois dénuées et emplies de sens. Ainsi, pour Magritte et La Clef des songes, (le tableau ci-dessus), la chaussure devient lune, et le chapeau représente la neige. Le langage ne désigne plus, seules les sensations le peuvent. Posté sur le site JSTOR.org, l’essai  » Visible Poetry: Metaphor and Metonymy in the Paintings of René Magritte  » nous permet de discuter ici de ce phénomène de discordance entre l’expression verbale et visuelle dont les surréalistes raffolent.

L’essai date de 1980. Il est écrit par Randa Dubnick et publié par the University of Wisconsin Press sur ce site qui regorge de publications universitaires. En effet, le site JSTOR.org (Journal Storage) se qualifie lui-même de « digital library » à but non-lucratif, et héberge plus de 1500 papiers, journaux, et sources académiques. Cette immense base de données fut créée en 1995 par William G. Bowen (le Directeur de l’Université de Princeton à cette époque) dans le but d’archiver en ligne des publications universitaires et scientifiques. Ce site abonde de substances pédagogiques destinées au partage de la communauté scientifique mondiale. L’interface est en  anglais mais propose des articles dans toutes les langues. En terme de chiffres, JSTOR compte actuellement plus de 2 millions de critiques de livres et 600.000 références, son contenu est fourni par plus de 800 éditeurs et couvre plus de 50 disciplines. Ce système d’archivage numérique permet la consultation de livres, articles de journaux et revues et rendent la recherche en ligne rapide, plus facile et plus efficace. JSTOR est principalement autorisé aux établissements d’enseignement, bibliothèques publiques, institutions de recherche, musées et écoles. Plus de 7.000 institutions dans plus de 150 pays ont accès. Élèves de l’université Paris 1, nous y accédons gratuitement par le portrait de ressources numériques Domino. Un moteur de recherche à base de mots-clés propose un corpus de données lié à la spécificité de la recherche, et permet une navigation claire et pertinente. Le site permet de consulter des articles et livres (parfois couvrants des dizaines de pages ou plus) en format PDF, ce qui simplifie la lecture des documents.

L’article que nous avons sélectionné axe sa réflexion autour de l’œuvre de René Magritte mais permet en même temps de comprendre les enjeux de l’aventure surréaliste. Cet art qui représente un monde absurde dans lequel les échelles de valeurs sont altérées, fait l’éloge de l’extravagant, du simulacre, de la mascarade. Leurs peintures se moquent de nous et de notre œil. A l’inverse des enjeux psychanalystes du « test du miroir » théorisé par Lacan, l’identification de soi à sa propre image et à autrui est, à travers cet art, brouillée, voir annulée. Cet art surréaliste, se joue des acquis et souhaite perturber le sens de choses. Les surréalistes vont à l’encontre des théories sémiotiques qui étudient la question du signe. Ils rejettent les thèses de Charles S.Pierce qui théorise le modèle ternaire du signe: l’objet représenté, la représentation mentale et le mot lui-même. Par exemple, le signe « pomme » renverrait à la fois à un objet (le fruit), à une représentation mentale (l’idée de pomme) et au support linguistique, soit le mot « pomme » en français. Le rapport entre signifiant et signifié a désormais une valeur fortuite. Les surréalistes célèbrent le hasard qui dans ses multiples combinaisons aboutit à une véritable logique de l’absurde.

magritte thérapeute

Le texte prend pour appui des exemples d’œuvres peintes par Magritte. Celle qui retient particulièrement notre attention est Le Thérapeute datant de 1937. Dans ce tableau, la cage thoracique d’un homme est métaphoriquement remplacée par une cage dans laquelle sont perchés des oiseaux.La cage peut ici être interprétée comme un substitut du corps humain. Le corps humain serait donc non pas le temple de l’âme, mais son tombeau. Le corps emprisonne l’âme et l’esprit libre de l’être. Les colombes enfermées dans la cage connotent davantage cet idée d’envol et de liberté. Toutefois, La Trahison des Images est sans doute l’oeuvre qui aborde le plus explicitement cette distorsion des choses. Une pipe y est représentée en gros plan,  avec une citation peinte à même le tableau « ceci n’est pas une pipe ». Magritte prend un malin plaisir à titiller une sémiotique de l’art.

Ce jeu surréaliste fait encore une fois écho à l’essence de la psychanalyse, et notamment à la  » métasémiotique « . Tout comme le langage, les représentations et les paroles sont propre à la scientificité psychanalyste, l’exploration psychanalytique des signes, symboles et images permet d’être à l’écoute des manifestations et des mouvements de l’inconscient. La page Wikipédia traitant de la métasémiotique est très fournie et extrapole sur de nombreuses notions annexes. Elle permet également de comprendre l’origine du terme et l’application d’une telle branche de la psychanalyse. 

Aussi, l’oeuvre intégrale de Magritte répond aux ambitions psychanalystes lorsqu’il peint des visions mystérieuses, qui prennent des allures de rêves. De ses compositions jaillissent une liberté inconsciente qui délivre l’esprit des croyances partagées et alimentées.

En conclusion, l’article proposé par JSTOR explore et détaille une des zones mystérieuses de l’univers surréaliste. En analysant des œuvres précises que nous connaissons, il propose d’envisager l’art sous ses formes sémiotiques de façon concrète. L’article nous a surtout encouragées à étudier ce phénomène d’un point de vu psychanalyste afin d’établir à nouveau un lien explicite entre l’art et cette science de la pensée humaine.

Charlotte