Les mots et les images : la perversion du bon sens

Magritte la clef des songes

Suivant une volonté de rupture avec l’ordinaire, l’exemplaire et la normalité, nos artistes surréalistes manient curieusement la polysémie des images et des objets. Ils superposent, déchiquettent  tordent, et assemblent  les sens et significations toujours dans le but de déconstruire puis remodeler quelque chose d’inattendu. Par le biais de ce procédé, les artistes donnent ainsi naissance à des créations hybrides, à la fois dénuées et emplies de sens. Ainsi, pour Magritte et La Clef des songes, (le tableau ci-dessus), la chaussure devient lune, et le chapeau représente la neige. Le langage ne désigne plus, seules les sensations le peuvent. Posté sur le site JSTOR.org, l’essai  » Visible Poetry: Metaphor and Metonymy in the Paintings of René Magritte  » nous permet de discuter ici de ce phénomène de discordance entre l’expression verbale et visuelle dont les surréalistes raffolent.

L’essai date de 1980. Il est écrit par Randa Dubnick et publié par the University of Wisconsin Press sur ce site qui regorge de publications universitaires. En effet, le site JSTOR.org (Journal Storage) se qualifie lui-même de « digital library » à but non-lucratif, et héberge plus de 1500 papiers, journaux, et sources académiques. Cette immense base de données fut créée en 1995 par William G. Bowen (le Directeur de l’Université de Princeton à cette époque) dans le but d’archiver en ligne des publications universitaires et scientifiques. Ce site abonde de substances pédagogiques destinées au partage de la communauté scientifique mondiale. L’interface est en  anglais mais propose des articles dans toutes les langues. En terme de chiffres, JSTOR compte actuellement plus de 2 millions de critiques de livres et 600.000 références, son contenu est fourni par plus de 800 éditeurs et couvre plus de 50 disciplines. Ce système d’archivage numérique permet la consultation de livres, articles de journaux et revues et rendent la recherche en ligne rapide, plus facile et plus efficace. JSTOR est principalement autorisé aux établissements d’enseignement, bibliothèques publiques, institutions de recherche, musées et écoles. Plus de 7.000 institutions dans plus de 150 pays ont accès. Élèves de l’université Paris 1, nous y accédons gratuitement par le portrait de ressources numériques Domino. Un moteur de recherche à base de mots-clés propose un corpus de données lié à la spécificité de la recherche, et permet une navigation claire et pertinente. Le site permet de consulter des articles et livres (parfois couvrants des dizaines de pages ou plus) en format PDF, ce qui simplifie la lecture des documents.

L’article que nous avons sélectionné axe sa réflexion autour de l’œuvre de René Magritte mais permet en même temps de comprendre les enjeux de l’aventure surréaliste. Cet art qui représente un monde absurde dans lequel les échelles de valeurs sont altérées, fait l’éloge de l’extravagant, du simulacre, de la mascarade. Leurs peintures se moquent de nous et de notre œil. A l’inverse des enjeux psychanalystes du « test du miroir » théorisé par Lacan, l’identification de soi à sa propre image et à autrui est, à travers cet art, brouillée, voir annulée. Cet art surréaliste, se joue des acquis et souhaite perturber le sens de choses. Les surréalistes vont à l’encontre des théories sémiotiques qui étudient la question du signe. Ils rejettent les thèses de Charles S.Pierce qui théorise le modèle ternaire du signe: l’objet représenté, la représentation mentale et le mot lui-même. Par exemple, le signe « pomme » renverrait à la fois à un objet (le fruit), à une représentation mentale (l’idée de pomme) et au support linguistique, soit le mot « pomme » en français. Le rapport entre signifiant et signifié a désormais une valeur fortuite. Les surréalistes célèbrent le hasard qui dans ses multiples combinaisons aboutit à une véritable logique de l’absurde.

magritte thérapeute

Le texte prend pour appui des exemples d’œuvres peintes par Magritte. Celle qui retient particulièrement notre attention est Le Thérapeute datant de 1937. Dans ce tableau, la cage thoracique d’un homme est métaphoriquement remplacée par une cage dans laquelle sont perchés des oiseaux.La cage peut ici être interprétée comme un substitut du corps humain. Le corps humain serait donc non pas le temple de l’âme, mais son tombeau. Le corps emprisonne l’âme et l’esprit libre de l’être. Les colombes enfermées dans la cage connotent davantage cet idée d’envol et de liberté. Toutefois, La Trahison des Images est sans doute l’oeuvre qui aborde le plus explicitement cette distorsion des choses. Une pipe y est représentée en gros plan,  avec une citation peinte à même le tableau « ceci n’est pas une pipe ». Magritte prend un malin plaisir à titiller une sémiotique de l’art.

Ce jeu surréaliste fait encore une fois écho à l’essence de la psychanalyse, et notamment à la  » métasémiotique « . Tout comme le langage, les représentations et les paroles sont propre à la scientificité psychanalyste, l’exploration psychanalytique des signes, symboles et images permet d’être à l’écoute des manifestations et des mouvements de l’inconscient. La page Wikipédia traitant de la métasémiotique est très fournie et extrapole sur de nombreuses notions annexes. Elle permet également de comprendre l’origine du terme et l’application d’une telle branche de la psychanalyse. 

Aussi, l’oeuvre intégrale de Magritte répond aux ambitions psychanalystes lorsqu’il peint des visions mystérieuses, qui prennent des allures de rêves. De ses compositions jaillissent une liberté inconsciente qui délivre l’esprit des croyances partagées et alimentées.

En conclusion, l’article proposé par JSTOR explore et détaille une des zones mystérieuses de l’univers surréaliste. En analysant des œuvres précises que nous connaissons, il propose d’envisager l’art sous ses formes sémiotiques de façon concrète. L’article nous a surtout encouragées à étudier ce phénomène d’un point de vu psychanalyste afin d’établir à nouveau un lien explicite entre l’art et cette science de la pensée humaine.

Charlotte

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« Un mouvement, une période – L’art Surréaliste » : un dossier pédagogique du Centre Pompidou

    Bien que la recherche de ressources numériques traitant de la fusion entre les deux notions et termes de psychanalyse et surréalisme soit notre principale mission, il est intéressant de comparer le type de ressources relatives à chaque terme respectif. Cela nous permet également d’élargir le champ de notre recherche et de trouver des sites que le moteur de recherche n’offre pas forcément comme réponse à notre requête.

 Lorsque l’on tape le terme « surréalisme » dans la barre de recherche Google, un des premiers résultats est un lien sur lequel nous pouvons lire « Le Surréalisme – Centre Pompidou« . Parmi tous les autres résultats proposant une définition et remise en contexte du courant, c’est la mention du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, (communément appelé Centre Pompidou) qui attire notre œil et nous inspire confiance. L’établissement polyculturel mondialement reconnu, qui héberge un grand nombre d’oeuvres contemporaines, offre en effet depuis plus d’un an son versant virtuel: un site internet qui simule l’environnement même du musée. Ce site qui se veut « centre de ressources, une plateforme de diffusion de contenus, un nouvel espace de partage et de connaissance, intuitif, participatif » fonctionne avec un système de filtres, cumulatifs et divers. Le point de départ de toute recherche est une barre de recherche dans laquelle nous insérons un quelconque mot-clé. Suite à l’objet de la recherche, le site propose une liste exhaustive d’œuvres expliquées avec des notices, des biographies, et notamment des dossiers pédagogiques. On en déduit donc que l’ergonomie du site est plutôt fonctionnelle, qu’il est simple de trouver son compte et de concevoir ce site comme une valeur sûre.

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 La page sur laquelle nous atterrissons donc est en fait un dossier pédagogique. Le titre même de la page est « UN MOUVEMENT, UNE PERIODE : DOSSIERS PEDAGOGIQUES SUR LES COLLECTIONS DU MUSEE NATIONAL D’ART MODERNE – L’ART SURREALISTE ». La page propose également une traduction anglaise du contenu. Le sommaire nous apprend ensuite que l’article s’articule en plusieurs parties : 1. Génèse de l’Art surréaliste,  2. Les artistes et leurs œuvres, 3. Textes de référence, 4. Glossaire du Surréalisme, 5. Chronologie, 6. Biographie sélective. Ce sommaire indique dès le départ que cette page a une véritable ambition pédagogique et offre de nombreuses pistes destinées à de plus vastes recherches.

 Ce dossier  retrace tout d’abord l’histoire du groupe des Surréalistes, et n’hésite pas à mettre en gras quelques noms de personnalités nourricières (des liens html redirige vers une page similaire dédiée à chacun). Suite à cette brève introduction qui pose des premiers repères, le dossier consacre ensuite un article à chaque artiste mentionné (ou presque). Ces articles sont structurés autour d’une analyse d’œuvre et offre une courte biographie de ces artistes.

Le dossier regroupe également un ensemble de textes, d’extraits de manifestes et de poèmes qui permettent de découvrir les sources, les opinons et les productions en rapport avec le mouvement. Un glossaire est également inclus dans cette fiche du surréalisme définissant pour l’essentiel des techniques plastiques liées au surréalisme, ce qui permet de mettre au clair des points fondamentaux dans la compréhension de certaines conceptions psychanalytiques. Ce glossaire décode des termes et notions qui permettront de faciliter la lecture d’une œuvre ou d’un essai : il explicite le langage qui est propre au mouvement, à la période et à ses productions. S’en suit une chronologie étoffée qui replace chaque étape fondamentale à sa date, et établit une logique historique au courant. Pour finir, la dernière catégorie du dossier est une bibliographie (webographie + filmographie), également très fournie.

 Le dossier est signé par Florence Morat et Vanessa Morisset qui se sont chargé de sa conception, documentation et rédaction. Ces auteurs font eux-mêmes parti de la Direction de l’action éducative et des publics, ce qui nous indique que le contenu est loin d’être amateur.

La seule critique négative que l’on pourrait émettre à l’égard de cette fiche est l’ordre dans la disposition des catégories. Il semblerait peut-être plus judicieux de placer une chronologie en son début, et de zoomer sur chaque artiste dans un second temps, après avoir explicité le vocabulaire propre à toute analyse.

Somme toute, ce dossier pédagogique au contenu riche est amplement satisfaisant. Plus qu’une simple synthèse, il propose différents axes permettant de cerner le mouvement dans sa totalité. Il garde toutefois une directive plus plastique, s’attardant sur l’analyse d’œuvres peintes et sculptées plutôt que des écrits littéraires.  Surtout, le dossier offre de nombreuses pistes que l’on peut par la suite étudier, ce qui évidemment, est propice à notre travail !

Charlotte