UbuWeb – « Les droits d’auteurs ? On s’en fout ! »

UbuWeb est un site fondé en 1996 par le new-yorkais Kenneth Goldsmith, poète et enseignant. Ce site constitue une véritable mine d’or pour toute personne – amatrice ou professionnelle – s’intéressant de près ou de loin à l’art, et plus particulière à l’art des avant-gardes occidentales. Ce fonds d’archives recense aussi bien des vidéos, des interviews, des écrits d’artistes et sur les artistes, des sons. C’est un panel de ressources qui s’offre ainsi à l’utilisateur, et cela gratuitement. En effet, UbuWeb n’a aucune pensée commerciale dans sa démarche: les archives sont en libre accès, consultables et parfois téléchargeables, et ajoutées bénévolement pour alimenter le site qui ne fait que rallonger son catalogue de ressources. Et c’est aussi ce qui fait son côté contestataire et provocateur: les archives proposées à l’internaute ne sont pas toutes libres de droit, ce qui soulève aussi la question de leur inaccessibilité par les voies traditionnelles (je recommande très fortement l’interview de Keneeth Goldsmith dans l’émission radio Les Passagers de la nuit sur France Culture du 25 mars 2011 si le cas vous intéresse).

Le site se compose donc de plusieurs catégories, en rapport avec les différentes ressources mises à dispositions: les vidéos, les sons, les écrits, etc. Une navigation par noms d’artistes ou d’auteurs s’affiche et permet une redistribution facile et efficace des ressources en ligne.

Ce site nous intéresse particulièrement dans notre étude car on y trouve différentes ressources quant aux artistes surréalistes: les Conversations de Dalí recueillies par Alain Bosquet, qui datent de 1969 ; une adaptation cinématographique du roman-collage La femme 100 têtes de Max Ernst paru en 1929 par Eric Duvivier (1969) ; des interviews sonores de René Magritte qui explique les raisons de sa peinture.

Mais il est aussi question de films surréalistes sur UbuWeb: c’est le cas pour le long-métrage de Germaine Dulac, La coquille et le clergyman de 1926, qui dure une trentaine de minutes ou bien L’étoile de mer de 1928 de Man Ray qui fait dix-sept minutes. Bien sûr, d’autres films plus emblématiques du cinéma surréaliste – comme Un chien andalou de Luis Buñuel et Salvador Dalí qui date de 1929 ou bien L’âge d’or de Luis Buñuel de 1930 –  sont visibles dans leur intégralité, mais sur une autre plate-forme de distribution.

Coralie

L’art, psychologisation de l’âme ?

De tout temps, l’art a été considéré comme un support propice à l’expression d’un émoi de l’âme.  Sa toile blanche et sa palette de couleurs permettent à l’artiste de matérialiser sa furie, un trouble, une angoisse, un rêve, ou bien un désir quelconque selon un ordre conçu et arrangé. Si l’histoire de l’art a longtemps été conçue comme une discipline appréhendée par des déterminismes sociaux, politiques et historiques, elle est aussi le témoin d’une certaine psychologie implicite ou explicitée. Tandis que les écoles formalistes défendent une théorisation de l’œuvre comme forme tangible, dénuée de sens extérieur aux caractères intrinsèques de l’œuvre elle-même, de nombreux théoriciens s’attachent à cette fibre singulière qui participe à la construction (ou conception) d’une œuvre d’art. Une valeur psychologique permettrait d’élucider des choix et des processus appliqués à l’élaboration de l’œuvre, de d’en déduire un sens nouveau.

« Trouver le rapport entre les impressions de l’enfance et la destinée de l’artiste d’un côté et ses œuvres comme réactions à ces stimulations d’autre part, appartient à l’objet le plus attirant de l’examen analytique » — Freud

C’est la version numérisée du livre  » Freud and the Visual Arts «  de Donald Kupsit qui nous explique un tel rapport entre la psychanalyse et la lecture de l’oeuvre. Ce volume de 15 pages nous explique comment considérer l’art comme un symptôme, un exercice de la conscience qui cherche à se métamorphoser. L’esprit prend le dessus et dirige la main de l’artiste au long de son processus. C’est là qu’on peut introduire la notion de sublimation, véritable notion freudienne qui consiste à la déviation d’une pulsion (souvent sexuelle) vers un but plus noble et socialement valorisé. Des artistes surréalistes tels que Magritte et Dali investissent dans ce champ et font de leurs peintures & sculptures de véritable métaphores subconscientes. Rejetant le beau et toutes les valeurs esthétiques reçues, ils offrent au spectateur et à l’Homme la clef de l’imagination et du rêve. On regrettera malheureusement le fait que le site BookCS.org, la plateforme sur laquelle l’ouvrage numérisé est mis en ligne, semble bien être un site pirate.

Cette vidéo ci-dessous, véritable pépite, nous provient du site de l’Institut national de l’audiovisuelElle date du 8 Janvier 1978 et s’intitule Salvador Dali: Freud, l’hyperréalisme métaphysique. C’est un interview entre un journaliste qui reste anonyme, et l’artiste surréaliste Dali, qui exprime son admiration pour Freud, et témoigne du rapport établis précédemment entre les deux hommes. Cette précieuse ressource qui s’offre à nous grâce à l’INA en 2013, permet d’appuyer cette corrélation entre le monde de l’art et le monde de la psychanalyse.

Charlotte